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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 09:51

 

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Louise Bourgeois, femme maison

Cela faisait un certain temps que j'avais envie d'écrire un billet sur ce thème:

Femmes infertiles : quelle place pour la féminité ?

Dans une société qui nous renvoie la plupart du temps l'image d'une femme-mère accomplie, comment vivre sa féminité quand on doit faire face chaque jour à cette bête obscure qu'est l'infertilité?

L'annonce du verdict de l'infertilité est un profond bouleversement.

Je pense que chacune y réagit de manière différente. Moi, j'ai l'impression d'être devenue étrangère à mon propre corps, progressivement :

Au début des essais, ce corps - alors encore dôté de son extraordinaire pouvoir  de transmission de la vie - est perçu comme une nouvelle promesse de bonheur. Choyé, aimé, régulièrement écouté, scruté, observé, chaque signe qu'il envoie est attentivement décrypté dans l'espoir de l'arrivée du miracle de la vie.

Au fur et à mesure que les mois et les années passent , la méfiance s'installe. Ce corps qu'on croyait connaître, ce corps qu'on pensait "ami" devient mystérieux et opaque. Chaque mois il déverse le sang et les larmes. Toujours il déçoit. Il est "différent" parmi ses semblables.

Commencent alors les premières investigations médicales. Ce corps devient une terre inconnue, des personnes en blouse blanche - plus ou moins délicates - partent en explorer le fonctionnement, ou plutôt le dysfonctionnement . Le corps devient chiffres, caractères techniques, mesures. Chaque diagnostic est attendu avec inquiétude et dans l'espoir d'une nouvelle clé pour "comprendre" ce corps qui ignore superbement le désir d'enfant pour lequel il semblait destiné. L'image d'une hystérographie parfaite peut devenir source de joie et de fierté , donnant lieu à d'étranges dialogues au sein du couple :

-Regarde mon amour, comme je suis belle de l'intérieur, mes trompes sont tout à fait perméables, mon utérus a la forme d' un coeur!

Les traitements commencent puis s'enchaînent. Intrusion, dépossession:  Allez madame, on enlève le bas s'il-vous-plaît!
A qui appartient-il ce corps "télécommandé" par l'équipe médicale ?
Et quand arrive le jour de la ponction à la clinique, adieu le vernis à ongles et le maquillage, les derniers signes de coquetterie - pour ne pas dire de dignité - disparaissent au moment de revêtir la panoplie blouse - charlotte - chausson (grand moment de solitude que de se retrouver dans cette tenue ridicule devant l'homme qu'on a choisi comme père de son futur enfant) et lorsque le chirurgien vous attache les jambes au étriers.

La salle de bain où l'on aimait prendre le temps de se prélasser et soigner ce corps, le masser, le crèmer, le parfumer, le rendre désirable ; la salle de bain devient le refuge pour pratiquer les injections, pour pleurer sur un énième test de grossesse négatif, pour pleurer lorsque les règles surviennent.
Miroir, mon beau miroir, qui est cette femme dans le reflet ? Je ne suis pas celle que je suis... regarde ce corps qui a des bleus et qui a gonflé... ce n'est plus le mien. Mieux vaut se cacher sous des pulls un peu plus amples, dissimuler subtilement l'absence d' enfant qui alourdit le corps, un peu comme d'autres cachent une grossesse débutante... quelle ironie la vie.

Dans l'intimité du couple, la féminité en prend aussi un sacré coup. La douleur physique et les effets secondaires dûs aux traitements ont souvent raison du glamour. La notion de plaisir devient secondaire... faire l'amour avec un corps dans lequel on se sent mal c'est difficile. Après chaque échec il faut réapprivoiser ses sensations, réapprendre à faire l'amour par plaisir, essayer d'oublier que "ça ne sert à rien", que c'est juste bon. Pas facile facile...

Alors voilà, être infertile c'est aussi ça : courir après une féminité malmenée, parfois perdue.

Ne pas pouvoir avoir d'enfant est-ce ne pas être vraiment une femme? Je veux croire que non, même si moi-même j'ai souvent tendance à ne pas me sentir "complètement femme" et me dévaloriser toute seule .
Il y a encore des petits riens qui font du bien : une paire d'escarpins pour reprendre un peu de hauteur, un peu de rouge sur les lèvres pour avoir à nouveau envie de sourire.

Il reste aussi le plus important, ce qui sauve : le regard amoureux de l'homme qu'on aime et qui continue de nous trouver belle. Car c'est là que tout a commencé. Bien avant l'infertilité.

 

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commentaires

N
J'avais pas fini mon com ! Merci de mettre des mots sur ça ;-)
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W
<br /> <br /> Je t'en prie. Coucher ces mots sur la toile me permet de mieux vivre tout ça et d'extérioriser mon ressenti, si ils font du bien aux autres aussi c'est merveilleux !<br /> <br /> <br /> <br />
N
Ton texte revoit vraiment à ce que l'on vit...Merci
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P
Très bel article. Il me touche bcp. Tu écris si bien.<br /> Moi je pense que le fait de ne pas arriver à avoir d'enfants nous déstabilisent psychologiquement (c'est le moins qu'on puisse dire) mais cela n'empêche pas de se sentir femme. Je connais des<br /> femmes qui n'ont pas pu avoir d'enfants et qui sont très féminines. Faut se "coacher" tous les jours en fait. Faut se battre avec soi-même. Question sexualité du couple, c'est pas le top du top<br /> mais déjà qu'un couple "fertile" se laisse facilement entraîner par la routine, si tu rajoutes l'infertilité, les traitements, les ovules les fausse-couches c'est certain que tu as plus<br /> l'impression d'avoir un morceau de viande entre les jambes qu'une foufounette (mes excuses pour cette vilaine image). Oui mais comment faire faut se battre.<br /> Puis y a des nanas fertiles et mères qui sont loin d'être féminines.<br /> Ce qui nous sauve, et tu as entièrement raison c'est ce regard amoureux de l'homme qu'on aime et ça ça vaut de l'or.<br /> Je te rassure moi aussi je dissimule mon bidon...mais tu sais, je me demande si cela est dû aux traitements car j'ai quand même bon appétit :)<br /> Sur ce, je nous souhaite d'y arriver et que tous ces ressentis ne deviennent que mauvais souvenirs.<br /> Des bisous<br /> et pour répondre à ta question, ma relaxologue et sur Marseille. Hélas...<br /> Remets-toi vite et ne baisse pas les bras.
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L
Pour moi la féminité ne passe pas nécessairement par la maternité mais c'est vrai que c'est parfois dur de s'en souvenir.
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I
effectivement, l'estime de soi, de sa personne-femme est terriblement attaquée par tous ces échecs.<br /> Effectivement l'amour de l'homme de sa vie est particulièrement important dans ces moments de remise en question de tout ce qui constituait notre vie, son équilibre et ses certitudes.
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  • : In the waiting line... chroniques d'une infertile
  • : Mon combat pour avoir (peut-être) un bébé un jour.
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  • Jeune trentenaire, parisienne, nullipare et belle-mère qui aimerait aussi devenir mère tout court.
  • Jeune trentenaire, parisienne, nullipare et belle-mère qui aimerait aussi devenir mère tout court.

PARCOURS

2009

Mars  : on va avoir un bébé, normalement, naturellement évidemment. L'homme a déjà un petit.

Septembre  : premiers doutes et début des examens pour moi: Dosages hormonaux, échographies, hystérographie...tout est normal. On attend.

2010

Juillet :  Monsieur se décide à faire son spermogramme >  8% de typiques. On flippe un peu.

2011

janvier : nouveau spermogramme: 15 % de typiques. Finalement on est quasi dans la norme. On nous classe dans la catégorie "infertilité idiopathique". Rien ne nous empêche de concevoir paraît-il...Ca peut marcher naturellement ou pas, ou maintenant ou dans 10 ans...  On est désorientés.

février : IAC 1 , réalisée dans un cabinet privé - négative. Découverte d'un polype lors d'une des échographies de monitoring.

Mai : hystéroscopie sous AG pour enlever le polype. En fait il n'y avait pas de polype.  Qu'ils sont drôles ces échographes!

septembre  : RDV centre AMP - IMM- En route pour la suite des IAC. On y croit.

novembre  : IAC 2- négative. On s'accroche on continue.

2012

janvier  : IAC 3 - négative. On doute.

février : IAC 4 - négative. On est découragés.

mars  : IAC 5 - négative, bien sûr. On n'en peut plus.

avril : L'hypothèse du "pas de chance / idiopathique" me déprime et m'agace au plus haut point. Pause de quelques mois pour cause de grosse fatigue morale et physique. Consultation auprès d'un nouveau gynéco pour un second avis. On est très fatigués.

juillet: Changement de centre. Nouveau départ. Nouvel espoir.

septembre : FIV 1 - 13 ovocytes - 0 embryon -ca s'appelle un " Echec total de fécondation".On est anéantis.
Dépression.

octobre : Caryotypes et X fragile OK.

novembre :  Hystéroscopie : ablation de 3 polypes.


2013

février : FIV ICSI 1 bis. 1 embryon transféré. 5 sur la banquise.



 

 

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